Portrait de l’artiste Roland Cros

07/01/2019

Qui êtes-vous Roland Cros ?

Je suis originaire d’Albi dans le Tarn et je vis et travaille à Paris. Je n’ai pas fait d’études artistiques mais j’ai été formé par mon père qui était un artiste autodidacte, peintre et cinéaste. Je suis un touche-à-tout qui se laisse guider par ses curiosités successives.

Dans les années 80/90, j’ai pratiqué la photographie documentaire en noir et blanc, sur l’univers de rugby, de la corrida, de la boxe ou celui de la scène punk. Ces travaux ont donné lieu à des publications dans la presse et à l’édition de 3 ouvrages. J’ai aussi été réalisateur de documentaires éducatifs pour la télévision, notamment France 5, ce qui m’a conduit à beaucoup voyager et à découvrir des cultures, des modes de vie, des problématiques économiques et environnementales qui ont nourri ma réflexion ultérieure.

Depuis 10 ans je réalise des œuvres plastiques en bois de grande dimension qui sont installées dans la nature ou dans l’espace public.

Votre premier support est le lino, quelles ont été vos principales réalisations avec ce matériau ?

Effectivement, j’ai débuté ma pratique des arts plastiques par la linogravure qui consiste à creuser des plaques de linoléum de manière à réaliser des sortes de tampons qu’on enduit d’encre et qu’on imprime sur le papier.
On obtient des images très contrastées et une expression très brute. Avec cette technique, j’ai produit des affiches, des illustrations d’ouvrages ou de presse et quelques opuscules en auto édition.

Aujourd’hui, je produis des œuvres de plus grande dimension et je me suis lancé dans la gravure sur bois à la tronçonneuse. Je construis des sortes de palissades en bois que je peins en noir et que je creuse avec une petite tronçonneuse. Le vocabulaire graphique est un peu le même que celui de la linogravure mais cette technique permet de produire dans un temps très court des pièces très grandes et de les présenter en pleine nature ou dans l’espace public, des places, des parcs…

Quelles raisons vous ont encouragé à travailler avec le bois ?

Je dirais d’abord que c’est en produisant de nombreuses gravures à la tronçonneuse que je me suis familiarisé avec le bois. Les gravures à la tronçonneuse sont des œuvres à plat et j’ai eu envie assez rapidement de construire en volume de passer de 2 à 3 dimensions. Le bois s’est imposé assez naturellement pour cela, puisque je commençais à en avoir une certaine pratique. Mais il y a une seconde raison, c’est que les volumes que je crée aujourd’hui ont quelque chose à voir avec les cabanes dont on rêve quand on est enfant et que pour moi une cabane c’est d’abord du bois.

Pourquoi avoir choisi le bois Brugère pour réaliser votre œuvre l’éloge de la graine ?

J’ai découvert le bois déroulé de peuplier il y a 3 ans alors que je devais construire une œuvre de très grande taille (un Airbus crashé de taille réelle 32mx32) à un endroit très difficile d’accès (le cratère d’un volcan d’Auvergne). Je devais trouver une solution pour réduire le poids des matériaux et rendre leur acheminement possible sur le lieu du chantier. C’est alors que j’ai pensé au bois déroulé. Je me suis dit que c’était le meilleur rapport taille/poids qu’on puisse imaginer pour relever ce défi.

J’ai pris contact avec les Manufactures Février et là, j’ai reçu un accueil que ne pensais pas pouvoir espérer. Non seulement le matériau dont j’avais rêvé existait mais en plus on me proposait de me le donner.

C’est à partir de ce jour-là qu’est née une collaboration qui m’a permis de réaliser bien d’autres œuvres depuis. Car non seulement le bois déroulé s’est révélé léger et aisément transportable dans le cadre de ce premier projet mais il m’a permis aussi de découvrir toutes ses potentialités en termes d’expression plastique. Finalement c’est souvent ainsi que les choses se produisent : de la contrainte nait une idée nouvelle. C’est dans l’impasse qu’on se surpasse !

Eloge de la graine que j’ai réalisé en mai dernier, s’inscrit dans la filiation de cette recherche sur l’usage du bois déroulé. Il permet de produire des formes de grande taille, très souples, très organiques, dans lesquelles on peut entrer, qui sont à la fois résistantes et fragiles, opaques et transparentes. Eloge de la graine est la septième œuvre que j’ai produite en utilisant ce matériau et en bénéficiant du soutien du groupe Les Manufactures Février.


eloge graine est une oeuvre de Roland Cros


Que voudriez-vous qu'on retienne de votre travail ?

Je suis très préoccupé par l’avenir de notre planète et par les atteintes que l’espèce humaine fait peser sur l’environnement. Je pense que nous vivons une période cruciale de notre histoire qui nous place devant des choix irréversibles.

Alors je me dis que les artistes peuvent à leur manière éveiller quelques consciences, bousculer quelques évidences, à coup d’émotions vécues et de provocations paisibles. C’est en tout cas ce que j’essaie de faire. Et c’est pourquoi il me semble important que des œuvres soient installées dans la nature ou dans l’espace public. En dehors en tout cas, des lieux traditionnellement réservés à l’art et qui sont souvent fréquentés par une élite. Il faut rapprocher l’art du public, précisément de ceux qui pensent qu’il n’est pas fait pour eux ou qu’ils n’ont pas les clefs pour le comprendre.




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